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Au jardin Massey, à Tarbes, Philippe promène les visiteurs dans sa voiture attelée. Les chevaux Grüss et Galion sont les amis des enfants qui se bousculent à l’arrêt pour les gratouiller sous le menton. Depuis une semaine, et j’imagine jusqu’au 6 mai prochain, Philippe a rebaptisé ses deux chevaux: à gauche, voici François, à droite, voilà Nicolas. Hue Cocos et fouette cocher, la course est lancée! Au jardin Massey, François et Nicolas arrivent toujours côte à côte: en même temps, cela vaut bien mieux pour le confort des passagers de la voiture en bois…
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«Ce ne sont pas les grands événements qui envoient un homme à l’asile. La mort, il y est préparé, tout comme le meurtre, l’inceste, le vol, le feu, l’inondation. Non, c’est la succession continuelle des petites tragédies.»
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« Ceci est un récit de choses que nous pouvons à peine croire, et encore moins comprendre. » En seize petits mots glissés à la page 73 du compte rendu de sa déambulation dans les parages de Fukushima irradiée, William T.Vollmann résume ainsi la pensée qui habite le lecteur de cette histoire, qui est la même que celle de son auteur, qui est la même que celle de presque tous les Japonais croisés en chemin. Comment comprendre en effet cette pollution invisible, ces radiations dont le vulgum pecus qui n’en saisit ni la forme ni la nature ne s’en fait aucune représentation mentale, ces unités de mesures qui ne renvoient à rien de connu car on ne peut les rapprocher d’aucune de ces choses que l’on quantifie au quotidien en kilos, en litres, en livres ou en onces, ces discours officiels souvent contradictoires, ces frontières mouvantes entre les zones à évacuer obligatoirement, les zones à évacuer si possible, et celles où il faut quand même se méfier mais où c’est presque sûr? Alors que partout le tremblement de terre et le tsunami qui s’ensuivit ont laissé leurs empreintes monstrueuses, les conséquences de l’accident nucléaire qui vint ensuite sont parfaitement invisibles. L’air que l’on respire, la pluie qui nous mouille, les fruits, les légumes, le lait, le poisson que l’on ingère, tout devient abominablement suspect.
En mars 2011, un tremblement de terre suivi d’un tsunami ravage une partie du Japon et provoque un accident nucléaire sans précédent. Journaliste, écrivain, William T.Vollmann décide de se rendre sur place, littéralement le nez au vent, afin de raconter ce qu’il s’y passe. Sa technique est empruntée au gonzo, un genre journalistique créé et magnifié par Hunter Thompson, dans lequel le journaliste est le personnage principal de l’histoire qu’il raconte. Vollmann n’est pas le simple narrateur de l’histoire qu’il rapporte, il en est l’acteur principal, le sujet de l’expérimentation: il ne met pas les faits à l’épreuve de sa vérification ou de ses recoupements, il se met lui-même à l’épreuve des faits. Sa technique est simple, les événements qu’il rapporte toujours précis, les chiffres qu’il cite toujours sourcés. Il n’y a pas de recherche de sensationnalisme: les témoins sont ceux qu’il rencontre au fil du hasard; les questions qu’il pose sont celles que tout un chacun serait amené à poser en pareille circonstance. Une curiosité simple qui met au jour sans apprêt ni mise en scène.
Son récit commence dans la région de Sacramento, aux Etats Unis. Vollmann cherche à se procurer un dosimètre, un appareil qu’il n’a guère vu qu’au revers de la blouse du radiologue de quartier. Il en trouve un, cherche à comprendre comment il fonctionne, se plonge dans les tables de conversion des unités de mesure de la radioactivité, se perd et nous perd entre les roentgen, les Sievert, milliSievert, rems et millirems. Ses errements témoignent de la perplexité qui n’a pas manqué de saisir les habitants des zones irradiées lorsqu’ils furent confrontés à la menace, qu’ils durent déchiffrer les messages, comprendre les explications données par les autorités et relayées par la presse. Son expérience confirme plus tard que les habitants des zones contaminées se mélangent allègrement les pinceaux dans le comptage des doses et la compréhension qu’ils ont de ce qui est en train de se passer et des conséquences possibles pour eux-mêmes. On ne peut qu’être frappé par ce manque de connaissance et l’on est parcouru d’un frisson en réalisant que notre propre ignorance, dans le pays le plus nucléarisé d’Europe, est au moins aussi grande que la leur…
Au fil de son voyage en compagnie d’une traductrice et d’un chauffeur de taxi, Vollmann raconte la dévastation, la désolation des paysages, l’hébétude des habitants devant le spectacle des morts qu’il faut identifier et que l’on enterre provisoirement, alignés dans des tranchées en attendant une crémation ultérieure. Il y a la face visible du drame, les maisons détruites, les familles regroupées dans des abris de fortune, et les réparations qui commencent. Tout ceci relève de l’ordre de l’observable et du quantifiable. Et puis il y a le mal invisible, celui sur lequel on fantasme, se demandant dans combien d’années on en mesurera les effets. Il y a aussi l’imagerie intérieure que réveille l’idée même de l’atome. Est-elle la même chez un Américain que chez un Japonais se demande le lecteur européen? On imagine la stupéfaction intérieure de Mme Hotsuki entendant (p. 35) cette chose parfaitement incroyable sortir de la bouche de Vollmann: “Etant un citoyen d’un pays qui a jeté des bombes atomiques sur le Japon, je me demande comment cela a pu arriver deux fois à votre pays. D’abord vous avez été nos victimes, puis, dirait-on, vous avez recommencé vous-même.” Il n’y a guère qu’un Américain nourri au lait de la culture white anglo saxon protestant (et je n’accuse pas ici Vollmann d’être un Wasp proactif) pour oser un rapprochement aussi hasardeux entre Hiroshima et Fukushima. Comme s’il fallait absolument que l’on soit responsable de ce qui nous arrive. Comme si les Japonais s’étaient infligés à eux même cette punition atomique. Comme si l’on pouvait établir une relation d’ordre entre deux faits parfaitement anachroniques. Plusieurs fois Vollmann revient sur cette question obsédante, comme lorsqu’il est reçu dans la famille Murakami : « Chaque fois que je mentionnais Hiroshima, la famille devenait triste et silencieuse, aussi détestai-je aborder la question, mais il me semblait de mon devoir de la soulever avec le patriarche, ce que je fis alors que nous mangions encore dans le noir. » (p 57) Aussi détestable soit-elle, la question que la plupart de ses interlocuteurs font semblant de ne pas entendre, de ne pas comprendre ou qui ne trouve pas de réponse satisfaisante continue d’être posée avec une ingénuité déconcertante. Interrogé sur ce qu’il considère comme étant le pire, selon lui, de l’explosion de la bombe à Hiroshima ou de l’accident de Fukushima, un chauffeur de taxi répond (p. 84) sans détour: “La bombe nucléaire bien sûr! Elle a tué instantanément plus de 200000 personnes!” Il est très étonnant que William T.Vollmann qui a sondé avec tant d’application acharnée les dessous de la violence individuelle et collective perde du temps à vouloir comparer le bombardement d’Hiroshima avec l’accident de Fukushima. C’est le seul point dérangeant de ce petit livre de 86 pages qui se termine fort joliment, avec la fleuraison des cerisiers.
Quelles que soient les catastrophes et la désolation qui nous frappent, les arbres continuent de fleurir, les oiseaux de chanter et la Terre de tourner. Sauf avis contraire, c’est toujours la vie qui gagne à la fin.
“Fukushima, dans la zone interdite” William T. Vollmann, Ed. Tristram/ sortie le 1er mars
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Pour faire passer ses idées sur la crise financière, Jérôme Cazes avait deux solutions : écrire un essai très sérieux qui aurait eu toutes les chances d’être peu lu ou écrire un roman sauce thriller qui aurait sa chance de toucher le plus grand nombre. C’est évidemment la deuxième solution qu’a retenue ce Gersois, spécialiste des risques financiers, ancien dirigeant d’une grande entreprise internationale, passionné de littérature policière et des films de Franck Capra. Le roman, c’est « 555, jeudi rouge », un bon pavé de 366 pages qui se lit d’une traite. L’idée, c’est celle qu’il faut en finir avec la « banque universelle », cette institution qui met sous le même toit le banquier traditionnel et le spéculateur de marché. « La banque universelle est perverse et dangereuse, mais il est interdit de le dire en France, explique Jérôme Cazes. Nous sommes le seul grand pays dans lequel le débat sur la banque universelle a été, jusqu’ici, complètement étouffé. » Le roman qu’il a écrit se décrit sur fond d’une crise financière telle qu’on la connaît. Le personnage principal, Éric Pothier est le patron d’une banque, filiale d’un grand groupe financier. Alors que ce grand groupe compte bien sur cette crise venue de Chine (d’où le titre, Jeudi rouge qui fait échos à certains lundis noirs) pour avaler un concurrent, Éric Pothier est mis à la porte. Il réunit autour de lui un groupe d’indignées pour imposer son idée de la fin de la banque universelle. Le récit qui fait quelques incursions dans le Gers (du côté de Samatan et Gimont où l’auteur a des attaches familiales) s’articule autour d’une dizaine de personnages fort bien campés. Mensonges, trahisons, rebondissements emportent le lecteur dans un tourbillon si divertissant qu’il en ferait presque oublier la gravité du propos initial. Fait remarquable, le livre est disponible gratuitement sur internet (1). « Je ne voulais pas, dit-il, que les 18 € que coûte la version papier soient un obstacle. Permettre à tous de lire mon livre était en plus cohérent avec les idées que je défends dans ce roman concernant internet. Si on croit au pouvoir d’internet, on doit être sur internet, gratuitement. » L’objectif de Jérôme Cazes est d’abord de faire passer l’idée qu’il faut réformer d’urgence le système bancaire. « 555, Jeudi rouge » aidera les néophytes à mieux comprendre les données du problème. 1- Le livre est téléchargeable gratuitement sur www.555-jeudirouge.fr
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Les verbes fusent vite et fort. Dans la tête de Marco, Sylvie, Thierry, Xavier, Malid et Manon, les mots s’enchaînent comme les idées, à la va-comme-je-te-pousse, en jaillissements brutaux, parfois ordonnés, parfois confus, souvent lumineux et magnifiques. Dans la tête de ces six adolescents, graines d’adultes en peau d’enfants, les mots déboulent pour former le récit de vies cabossées. Pourquoi Malid, Marco, Sylvie et les autres sont-ils ainsi irrémédiablement la proie des services sociaux et de la justice ? Parce que ces enfants sont des graines qu’on laisse pousser en vrac, que ces météores en quête d’amour sont en manque d’adultes qui les chériraient à bon droit, c’est-à-dire en protégeant la peau fine de leurs âmes sensibles des corrosions du dehors. Livrés à eux-mêmes et aux griffes des protecteurs de la jeunesse (ceux-là même dont on comprend assez rapidement qu’ils ne sont pas tant là pour protéger la jeunesse de la société que pour protéger la société de la jeunesse), ces six personnages croisent leurs destins et nous jettent à la face une image crue de ce monde qui est le nôtre. Un monde violent et âpre où il ne fait pas bon grandir seul. Le dernier roman d’Alain-Julien Rudefoucault est une bombe littéraire, dont on finit par tourner les pages au rythme de la frénésie des personnages. En librairie depuis hier, ces cinq cents pages incandescentes sont le premier cadeau de l’année des éditions auscitaines Tristram. D’autres tout aussi denses suivront avec la parution annoncée pour le 16 février des « Nouveaux commentaires sur la mort du rêve américain », volume central inédit en français des gonzo papers d’Hunter S.Thompson et celle, le 1er mars, de « Fukushima, dans la zone interdite », un livre reportage de William T. Vollmann. Vite, vite, à vos libraires!
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En ville, le libéral, le gauchiste, le révolutionnaire et le grand bourgeois paient leur pain, leur essence et leurs taxes. L’ermite, lui, ne demande ni ne donne rien à l’Etat. Il s’enfouit dans les bois, en tire subsistance. Son retrait constitue un manque à gagner pour le gouvernement. Devenir un manque à gagner devrait devenir l’objectif des révolutionnaires. Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt est plus anti-étatique qu’une manifestation hérissée de drapeaux noirs. Les dynamiteurs de la citadelle ont besoin de la citadelle. Ils sont contre l’Etat au sens où ils s’y appuient. Walt Whitman: “Je n’ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m’y opposer.
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Le char de l’Etat se déplace sur des chenilles bien huilées, entre deux haies de barrières et de gardes cuirassés. Le spectacle du déplacement du Président de la République dans un petit coin de la campagne gersoise est une chose qui mérite d’être vue. Non pas à cause du nombre des gens d’armes et des gardes qui d’un coup envahissent tout l’espace: l’histoire de nos monarques et de nos présidents regorge de faits qui incitent aujourd’hui ceux qui nous gouvernent à la plus grande précaution.
Qui niera que si Henri IV avait été plus prévoyant ce jour où il a décidé de se rendre de son palais du Louvre au chevet de son ministre Sully, il n’aurait pas eu le corps transpercé d’un coup de poignard en face de l’immeuble qui abrite aujourd’hui dans l’étroite rue de la Ferronerie, le très inattendu Banana café? Et si ce brave John Fitzgerald n’avait pas eu la légèreté de se déplacer dans une voiture découverte au beau milieu d’un espace entièrement dégagé, n’aurait-il pas non plus été sniperisé par un tireur au loin embusqué? Voilà deux risques que n’a pas couru notre Président Sarkozy lorsqu’il s’est rendu mardi dernier dans le Gers. Sa voiture blindée livrée à Toulouse par un avion militaire l’attendait au pied de la piste du petit aérodrome d’Auch-Lamothe. Sur le trajet qui l’a conduit jusqu’à Gimont, à une trentaine de kilomètres de là, tous les carrefours étaient dûment gardés. Quant à l’espace découvert qu’il a brièvement traversé pour se rendre de sa voiture à la salle où l’attendaient les invités, il était entièrement couvert par le feu de tireurs d’élites disposés sur les hauteurs alentours. Toutes ces mesures fort coûteuses sont après tout normales tant on peut considérer que lorsque le Président de la République s’y déplace, le huitième département le plus sûr de France devient le lieu de tous les dangers.
Ce qui étonne vraiment, ce n’est donc pas tant l’arsenal déployé pour la sécurité personnelle du Président que celui qui est mis en oeuvre pour la protection de son image. Les naïfs qui penseraient encore que lorsque le Président se déplace en province, c’est pour aller à la rencontre de son bon peuple, se fourrent gravement le doigt dans l’oeil. Si le Président se déplace, c’est pour délivrer une parole sur un thème donné. Il fait un acte de communication. C’est un job. C’est-à-dire, la partie d’un business. Le business de la France. Sa parole doit être captée efficacement et retransmise au plus grand nombre avec le moins de parasitage possible. Tous les acteurs de la visite présidentielle, qu’ils en soient conscients ou non, qu’ils soient d’accord ou pas, participent et contribuent efficacement à cette tâche.
Pour cela, on choisit donc un lieu, des gens, des choses à voir en fonction de la chose à dire. Le protocole est presque toujours le même, quel que soit le sujet. Le Président arrive dans le leu choisi suivi d’une équipe de journalistes transportée à sa suite et intégrée au dispositif (c’est pratique, les envoyés spéciaux n’ont ainsi aucune autonomie de déplacement et donc aucune chance de pouvoir baguenauder en dehors des sentiers choisis). Il se rend d’abord sur un site concret, à la rencontre de “vrais gens”. Un objectif et un seul: faire des images qui illustrent le thème choisi. Vient ensuite, une partie plus “grand public” où le président délivre son message devant un auditoire sélectionné. Les consignes sont strictes et toute la mécanique mise en branle est orientée pour les mettre en oeuvre: pas de couacs, c’est-à-dire pas d’imprévu d’aucune sorte, pas de question intempestive, pas d’opposition visible ou audible, pas d’expression spontanée. Pour le déplacement dans le Gers, la partie images a été réalisée chez un agriculteur sélectionné aux petits oignons. Un bon client, patron d’une ferme exemplaire, militant syndical reconnu dans le syndicat bien pensant, la FNSEA. Une petite visite a été organisée avec un auditoire restreint et trié sur le volet. Bilan: comme prévu, des photos et des images sympathiques du Président au milieu des veaux, dégustant du foie gras ou croquant un morceau de viande rosée. Nul ne sait vraiment ce qu’il s’est dit sur place. C’est juste qu’il n’y eut que des propos convenus, des échanges de civilités, des questions polies et des réponses de même.
La partie “délivrance du message” (celle qui correspond à “la bande son” de l’épisode précédent) s’est déroulée dans la salle des fêtes de Gimont. Près de deux mille personnes y ont été rassemblées, ainsi que sous un chapiteau attenant. Toutes avaient reçu une invitation personnelle et avaient dû, avant de venir, confirmer leur présence. Le rendez-vous n’a pas été fixé à la salle des fêtes mais sur le parking de la gendarmerie située à un peu plus d’un kilomètre de là. Les identités vérifiées, les invités sont montés dans des bus qui les ont amenés à la salle. Chacun avant d’entrer a dû montrer le contenu de ses poches et passer sous un portique de détection. Le Président n’a pas fait de discours. Il a participé à une “table ronde”. En face de lui et des deux ministres qui l’accompagnaient, six élus de la chambre d’agriculture (tous de droite, et tous du même syndicat bien-pensant) ont posé des questions qui avaient été suggérées, préparées et soumises au préalable. Aucun dialogue ne s’est instauré entre le Président et les poseurs de questions.
Quand il a terminé, le Président a dit merci et il s’est levé. Le public a applaudi pendant qu’il sortait. Dehors, une fine tranche de peuple était servie derrière une barrière afin que le Président, en passant, puisse serrer des mains devant les caméras. Puis il est remonté dans son automobile blindée, et il est reparti dans sa bulle de motards casqués. La pièce s’est jouée sans accrocs. A peine se demande-t-on, une fois qu’il a tourné les talons, à quoi tout cela a-t-il bien pu rimer? Vroum, le char de l’Etat est passé. Sans doute se dit-on que l’impression vu du peuple, il y a quelques siècles, devait être la même lorsque le cortège royal déboulait en grand équipage, précédé de mousquetaires et de soldats peu amènes. On a vu passer le Roi. On a vu le Président. “Il était là je vous dis, pile devant moi, comme je vous vois!” “Il m’a serré la main.” “Je lui ai touché le bras.” “Il m’a parlé!”
Puisqu’on l’a vu, c’est donc qu’il existe. Rien ne vaut le contact humain. Ca valait le coup de s’en convaincre, vous ne trouvez pas?
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Une pensée m’a très fortement frappé un jour. Je réfléchissais à ce qu’un seul petit homme peut faire. Regardez le Queen Mary -le navire entier s’avance et le gouvernail est à l’arrière. Et il y a un petit truc sur le bord du gouvernail qui s’appelle un trimtab, un compensateur. C’est un gouvernail miniature. Le simple fait de déplacer ce petit trimtab instaure une basse pression qui fait pivoter le gouvernail. Ca ne prend pratiquement aucun effort. Donc je me suis dit que ce petit individu pouvait être un trimtab. La société pense qu’elle passe à côté de vous, qu’elle vous a bel et bien abandonné. Mais si mentalement vous fonctionnez de façon dynamique, le fait est qu’il vous suffit d’un mouvement de pied pour que le grand vaisseau étatique dans son ensemble s’ébranle. Je dis donc: Appelez-moi trimtab.
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Yannick Noah a-t-il conscience qu’autoriser le dopage pour tous, ce n’est ni plus ni moins que le rendre obligatoire pour tous? Si tout le monde a le droit de se doper, chacun, s’il veut participer à la course, est obligé de se doper. C’est pour que chacun ait le droit de ne pas se doper, c’est à dire de ne pas mettre sa santé voire sa vie en danger, que le dopage doit rester dans le territoire de la triche et de l’illégalité. Prôner l’interdiction du dopage, c’est militer pour la liberté de celui qui ne veut pas se doper. Aucun argument sérieux ne peut venir abattre celui-là.